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La dépendance implique un besoin intense de quelque chose, une perte de contrôle sur sa consommation et une implication continue dans la dépendance malgré ses conséquences néfastes. La dépendance modifie le cerveau, d’abord en subvertissant la façon dont il enregistre le plaisir, puis en corrompant d’autres pulsions normales comme l’apprentissage et la motivation. Bien qu’il soit difficile de se défaire d’une dépendance, c’est possible.

Quelles sont les causes de la dépendance ?

Le mot « addiction » est dérivé d’un terme latin qui signifie « asservi par » ou « lié à ». Quiconque a lutté pour surmonter une dépendance – ou a essayé d’aider quelqu’un d’autre à le faire – comprend pourquoi.

La dépendance exerce une influence longue et puissante sur le cerveau qui se manifeste de trois façons distinctes : l’état de besoin de l’objet de la dépendance, la perte de contrôle sur sa consommation et l’implication continue dans cette dépendance malgré ses conséquences néfastes.

Pendant de nombreuses années, les experts ont cru que seuls l’alcool et les drogues puissantes pouvaient causer la dépendance. Les technologies de neuroimagerie et des recherches plus récentes ont toutefois montré que certaines activités agréables, comme le jeu, le magasinage et le sexe, peuvent également stimuler le cerveau.

Bien qu’un manuel de diagnostic standard américain (le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, quatrième édition ou DSM-IV) décrive de multiples dépendances, chacune liée à une substance ou à une activité spécifique, un consensus émerge sur le fait que celles-ci peuvent représenter plusieurs expressions d’un processus cérébral sous-jacent commun.

De nouvelles perspectives sur un problème commun

Personne n’a l’intention de développer une dépendance, mais beaucoup de gens se font prendre dans son piège. Plus des deux tiers des personnes ayant une dépendance abusent de l’alcool.

Les trois principales drogues causant la dépendance sont la marijuana, les analgésiques opioïdes (narcotiques) et la cocaïne.

Dans les années 1930, lorsque les chercheurs ont commencé à étudier pour la première fois les causes du comportement de dépendance, ils croyaient que les personnes qui développaient des dépendances étaient en quelque sorte moralement défectueuses ou manquaient de volonté. Surmonter la dépendance, pensaient-ils, consistait à punir les mécréants ou, alternativement, à les encourager à rassembler la volonté de se défaire d’une habitude.

Le consensus scientifique a changé depuis lors. Aujourd’hui, nous reconnaissons que la toxicomanie est une maladie chronique qui modifie à la fois la structure et les fonctions du cerveau. Tout comme les maladies cardiovasculaires endommagent le cœur et le diabète altère le pancréas, la dépendance détourne le cerveau. Cela se produit lorsque le cerveau subit une série de changements, commençant par la reconnaissance du plaisir et se terminant par une poussée vers un comportement compulsif.

Principe du plaisir

Le cerveau enregistre tous les plaisirs de la même manière, qu’ils proviennent d’une drogue psychoactive, d’une récompense monétaire, d’une rencontre sexuelle ou d’un repas satisfaisant. Dans le cerveau, le plaisir a une signature distincte : la libération du neurotransmetteur dopamine dans le noyau accumbens, un amas de cellules nerveuses situées sous le cortex cérébral (voir illustration). La libération de dopamine dans le noyau accumbens est si constamment liée au plaisir que les neuroscientifiques appellent cette région le centre du plaisir du cerveau.

Toutes les drogues, de la nicotine à l’héroïne, provoquent une poussée particulièrement puissante de dopamine dans le noyau accumbens. La probabilité que l’usage d’une drogue ou la participation à une activité enrichissante entraîne une dépendance est directement liée à la vitesse à laquelle elle favorise la libération de dopamine, à l’intensité de cette libération et à la fiabilité de cette libération.

Même la prise d’une même drogue par différentes méthodes d’administration peut influer sur la probabilité qu’elle entraîne une dépendance. Fumer une drogue ou l’injecter par voie intraveineuse, par opposition à l’avaler sous forme de pilule, par exemple, produit généralement un signal de dopamine plus rapide et plus fort et est plus susceptible d’entraîner une consommation abusive de drogue.

Les drogues toxicomanogènes fournissent un raccourci vers le système de récompense du cerveau en inondant le noyau accumbens avec de la dopamine. L’hippocampe garde le souvenir de cette satisfaction rapide et l’amygdale crée une réponse conditionnée à certains stimuli.

Processus d’apprentissage

Les scientifiques croyaient autrefois que l’expérience du plaisir seul suffisait à inciter les gens à continuer à chercher une substance ou une activité qui crée une dépendance. Mais des recherches plus récentes suggèrent que la situation est plus compliquée. La dopamine contribue non seulement à l’expérience du plaisir, mais elle joue aussi un rôle dans l’apprentissage et la mémoire, deux éléments clés dans la transition du goût à la dépendance.

Selon la théorie actuelle sur la dépendance, la dopamine interagit avec un autre neurotransmetteur, le glutamate, pour prendre le contrôle du système d’apprentissage récompensé du cerveau. Ce système joue un rôle important dans le maintien de la vie parce qu’il lie les activités nécessaires à la survie humaine (comme l’alimentation et le sexe) au plaisir et à la récompense.

Le circuit de récompense dans le cerveau comprend des zones impliquées dans la motivation et la mémoire ainsi que dans le plaisir. Les substances et comportements addictifs stimulent le même circuit, puis le surchargent.

L’exposition répétée à une substance ou à un comportement addictif amène les cellules nerveuses du noyau accumbens et du cortex préfrontal (la zone du cerveau impliquée dans la planification et l’exécution des tâches) à communiquer d’une manière telle que les couples aiment quelque chose et le veulent, ce qui nous pousse à aller à sa poursuite. C’est-à-dire que ce processus nous motive à passer à l’action pour trouver la source du plaisir.

Circuit de récompense

Dans la nature, les récompenses ne viennent généralement qu’avec du temps et des efforts. Les drogues et les comportements addictifs fournissent un raccourci, inondant le cerveau de dopamine et d’autres neurotransmetteurs. Nos cerveaux n’ont pas un moyen facile de résister à l’assaut.

Les drogues qui créent une dépendance, par exemple, peuvent libérer de deux à dix fois plus de dopamine que les récompenses naturelles, et elles le font plus rapidement et de façon plus fiable. Chez une personne qui devient dépendante, les récepteurs du cerveau sont submergés. Le cerveau réagit en produisant moins de dopamine ou en éliminant les récepteurs de dopamine – une adaptation semblable à la réduction du volume d’un haut-parleur lorsque le bruit devient trop fort.

Grâce à ces adaptations, la dopamine a moins d’impact sur le centre de récompense du cerveau. Les personnes qui développent une dépendance trouvent généralement qu’avec le temps, la substance désirée ne leur procure plus autant de plaisir. Ils doivent en prendre plus pour obtenir le même « shoot » de dopamine parce que leur cerveau s’est adapté, un effet connu sous le nom de tolérance.

La contrainte prend le dessus

C’est alors que la contrainte prend le dessus. Le plaisir associé à une drogue ou à un comportement addictif s’estompe, mais le souvenir de l’effet désiré et de la nécessité de le recréer (le besoin) persiste. C’est comme si la machine normale de motivation ne fonctionnait plus.

Le processus d’apprentissage mentionné précédemment entre également en jeu. L’hippocampe et l’amygdale stockent des informations sur les indices environnementaux associés à la substance désirée, afin qu’elle puisse être retrouvée. Ces souvenirs aident à créer une réaction conditionnée – une envie intense – chaque fois que la personne rencontre ces indices environnementaux.

Les envies de fumer contribuent non seulement à la dépendance, mais aussi à la rechute après une sobriété durement gagnée. Une personne dépendante de l’héroïne peut être en danger de rechute lorsqu’elle voit une aiguille hypodermique, par exemple, tandis qu’une autre personne peut recommencer à boire après avoir vu une bouteille de whisky. L’apprentissage conditionné aide à expliquer pourquoi les personnes qui développent une dépendance risquent de rechuter même après des années d’abstinence.

Le rétablissement est possible

Il ne suffit pas de « simplement dire non », comme le suggérait le slogan des années 1980. Au lieu de cela, vous pouvez vous protéger (et vous guérir) de la dépendance en disant « oui » à d’autres choses. Cultivez divers intérêts qui donnent un sens à votre vie. Comprenez que vos problèmes sont généralement transitoires et, ce qui est peut-être le plus important, reconnaissez que la vie n’est pas toujours supposée être agréable.